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Transmettre par l'assurance vie repose sur une mécanique simple : l'abattement est par bénéficiaire, pas par contrat. Désigner plusieurs bénéficiaires multiplie donc l'abattement — et c'est le seul vrai levier, parce que tout le reste est fixé par le code.

Camille Lenoir
Analyste assurance, 9 ans en courtage
Mis à jour le 04/11/2026 9 min de lecture

La mécanique de l'abattement

Code général des impôts, articles 990 I et 757 B, versions en vigueur depuis le 11 mars 2023. Relevé le 04/11/2026.
RègleAvant 70 ansAprès 70 ans
Unité de calcul Par bénéficiaire, et par assuré, tous contrats confondus Global : pour l'ensemble des bénéficiaires et des contrats sur une même tête
Montant 152 500 € 30 500 €
Assiette Les capitaux dus au décès La seule fraction des primes versées. Les produits ne sont pas visés
Barème au-delà 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable, 31,25 % ensuite Droits de mutation par décès, selon le degré de parenté
Levier possible Désigner plusieurs bénéficiaires multiplie l'abattement Aucun : l'abattement est global, le nombre de bénéficiaires n'y change rien

C'est la dernière ligne qui résume toute la stratégie : avant 70 ans le nombre de bénéficiaires compte, après il ne compte plus. Trois enfants désignés sur des versements antérieurs à 70 ans représentent 457 500 € d'abattement cumulé ; les mêmes trois enfants sur des versements postérieurs se partagent 30 500 €.

Ce que le démembrement change, et ce qu'il ne change pas

Code général des impôts, article 990 I. Relevé le 04/11/2026.
RègleContenu
Qui est bénéficiaire Le nu-propriétaire et l'usufruitier sont tous deux considérés comme bénéficiaires, au prorata de leur part respective
Comment la part est calculée Selon le barème de l'article 669 du code général des impôts, qui dépend de l'âge de l'usufruitier
Répartition de l'abattement Les abattements se répartissent entre eux dans les mêmes proportions
Ce que cela ne fait pas Le démembrement ne crée aucun abattement supplémentaire : il répartit celui qui existe

Le démembrement d'une clause bénéficiaire sert donc à organiser la jouissance — laisser l'usufruit au conjoint et la nue-propriété aux enfants — et non à réduire la fiscalité. Confondre les deux objectifs est l'erreur la plus fréquente sur ce sujet.

L'exception du plan d'épargne retraite

Code général des impôts, articles 757 B, I, et 990 I. Relevé le 04/11/2026.
CasTraitement
PER, décès après 70 ans La totalité des sommes est taxée selon le degré de parenté, « pour leur montant total » — et non la seule fraction des primes
Sous-compte français du PEPP Même régime
Rentes viagères de certains plans Non assujetties au prélèvement du 990 I, sous conditions : versements réguliers pendant au moins quinze ans et entrée en jouissance au plus tôt à la liquidation de la pension

C'est la différence la plus coûteuse entre les deux enveloppes, et elle n'apparaît sur aucune brochure : un plan d'épargne retraite transmis après 70 ans est taxé sur son montant total, produits compris, là où une assurance vie ne l'est que sur les primes.

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Les pièges de la transmission

  1. Multiplier les contrats au lieu des bénéficiaires

    L'abattement de 152 500 € est par bénéficiaire et par assuré, tous contrats confondus. Ouvrir trois contrats pour un même bénéficiaire ne triple rien ; désigner trois bénéficiaires, oui.

  2. Verser après 70 ans sans le savoir

    La frontière porte sur l'âge au moment de chaque versement, pas sur l'âge du contrat. Un contrat ouvert à 50 ans et alimenté à 72 ans relève des deux régimes.

  3. Croire que l'abattement de 30 500 € est par bénéficiaire

    Il est global, pour tous les bénéficiaires et tous les contrats sur une même tête. Le nombre de bénéficiaires n'y change rien.

  4. Transmettre un PER comme une assurance vie

    Si le décès survient après 70 ans, la totalité des sommes du plan est taxée selon le degré de parenté, produits compris. L'avantage qui subsiste en assurance vie n'existe pas ici.

  5. Démembrer pour réduire l'impôt

    Le démembrement répartit l'abattement entre nu-propriétaire et usufruitier selon le barème de l'article 669 ; il n'en crée pas. Il sert à organiser la jouissance, pas à alléger la taxation.

  6. Oublier l'attestation sur l'honneur

    Le bénéficiaire doit indiquer les abattements déjà appliqués sur la tête du même assuré. Omettre un contrat ouvert ailleurs n'efface pas l'abattement déjà consommé.

  7. Ignorer la condition de territorialité

    Il suffit que l'assuré ait été domicilié fiscalement en France au décès pour que le bénéficiaire soit assujetti, même s'il vit à l'étranger depuis longtemps.

Les assureurs de cette branche

Le cadre fiscal est identique chez tous. Ce qui se compare, ce sont les taux servis, les frais prélevés et les délais de versement au décès. Nos fiches indiquent ce que chaque marque publie — et ce qu'elle ne publie pas.

Questions fréquentes

Combien peut-on transmettre sans impôt par l'assurance vie ?
152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans, tous contrats confondus sur la tête d'un même assuré. Au-delà, le prélèvement est de 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable et de 31,25 % ensuite.
Désigner plusieurs bénéficiaires multiplie-t-il l'abattement ?
Oui pour les versements avant 70 ans, puisque l'abattement est par bénéficiaire. Non pour ceux d'après 70 ans, où l'abattement de 30 500 € est global pour tous les bénéficiaires et tous les contrats réunis.
Ouvrir plusieurs contrats sert-il à quelque chose ?
Pas pour l'abattement : il est par bénéficiaire et par assuré, tous contrats confondus, et le bénéficiaire doit attester des abattements déjà appliqués. Cela peut servir à d'autres objectifs — diversification, frais, supports — mais pas à multiplier l'avantage fiscal.
Qu'est-ce qui change exactement à 70 ans ?
L'unité de calcul, le montant et l'assiette. Avant : 152 500 € par bénéficiaire sur les capitaux. Après : 30 500 € globaux sur la seule fraction des primes, les produits n'étant pas visés, avec les droits de mutation par décès selon le degré de parenté.
Le démembrement de la clause réduit-il la fiscalité ?
Non. Nu-propriétaire et usufruitier sont tous deux bénéficiaires au prorata de leur part, calculée selon le barème de l'article 669, et les abattements se répartissent dans les mêmes proportions. Le démembrement organise la jouissance, il ne crée pas d'abattement.
Un PER se transmet-il comme une assurance vie ?
Non. Si le décès survient après 70 ans, la totalité des sommes du plan est taxée selon le degré de parenté, produits compris. C'est la différence la plus coûteuse entre les deux enveloppes.
Une rente viagère est-elle taxée ?
Les rentes viagères issues de certains plans d'épargne retraite ne sont pas assujetties au prélèvement de l'article 990 I, sous conditions : versements réguliers pendant au moins quinze ans et entrée en jouissance au plus tôt à la liquidation de la pension.
Un bénéficiaire résidant à l'étranger est-il taxé ?
Il peut l'être : il suffit que l'assuré ait été domicilié fiscalement en France au décès. Le bénéficiaire est également assujetti s'il a lui-même été domicilié en France au moins six des dix années précédant le décès.

Sources

  1. Code général des impôts, article 990 I (prélèvement sur les capitaux décès)
  2. Code général des impôts, article 757 B (primes versées après 70 ans et exception PER)
  3. AXA — Revalorisation du support en euros, document officiel
  4. Méthodologie MonTarifAssur
MonTarifAssur — site d'information sur l'assurance. Projet en cours de création : l'éditeur n'est pas immatriculé à l'ORIAS et n'exerce aucune activité de distribution d'assurances.